Tabaski, la grande fête du mouton

(de gauche à droite sur la photo : Bérénice, Raphaëlle)

Du point de vue d’un vegan occidental, la Tabaski peut avoir l’air d’une fête gratuitement violente. Il peut être difficile de s’ouvrir à l’autre culture et de tenter de comprendre les motivations des hommes et des femmes qui participent à cette fête. C’était mon défi personnel.

J’ai compris bien vite que la Tabaski était, pour les musulmans, une fête très importante. C’est un moment pour se rappeler le sacrifice du prophète Ibrahim, qui était sur le point d’immoler son unique fils pour prouver à Dieu qu’il était prêt à tout pour lui. Selon le Coran, au moment où le couteau d’Ibrahim allait égorger son fils, un ange l’arrêta. Un mouton est alors apparu près de l’autel de sacrifice et c’est finalement cet animal qui fut utiliser comme offrande. C’est pour cette raison que les musulmans sacrifient les moutons. C’est une manière pour eux de prouver leur fidélité et leur foi en Allah.

C’est donc avec cette information que j’arrive à la maison familiale, où l’immolation a déjà commencée. Bérénice m’aide à ne pas poser mon regard sur des choses que je ne  voudrais pas voir. C’est difficile, avec 5 moutons étendus dans les différentes pièces de la maison. Nous nous installons dans le salon, où il n’y a pas une trace d’animal mort. Il est tout de même difficile d’écouter les bruits. C’est un défi de contrôler ma tristesse, je suis ouverte, mais mes valeurs sont ancrées en moi.

Le temps passe, le dépeçage est terminé et la viande se fait cuisiner (cela dure plus de 4h!) Nous goûtons finalement au travail des membres de notre famille adoptive. Je dois avouer que c’est la viande la plus fraîche que je pourrai manger de ma vie, et ça se sent et se goûte.

Bérénice vous racontera la fin de la journée mais pour ce qui est de ma part, c’est surtout avec la fierté d’avoir passé à travers ce que je considérais comme un vrai test d’adaptation que je m’endors ce soir-là. Je suis contente d’avoir pu assisté à cette célébration, qu’on pourrait comparer à notre Noël canadien! Je me rappelle que nous avons bien de la chance d’être ici et de se faire accueillir par la fameuse teranga sénégalaise!

Pour ma part, la fête ne s’est pas déroulée de la même façon. Nous partons de bonne heure, rejoindre la grande famille Camara à la maison familiale. Sur le chemin, nous voyons plusieurs moutons se faire tuer et il y a beaucoup de sang par terre. Raphaëlle tente tant bien que mal de ne pas regarder et de garder son sang-froid malgré l’énorme défi que cela représente pour elle.

À notre arrivée, la fête est déjà commencée et il y a une trentaine de personnes présentes. Il y a des carcasses de mouton un peu partout dans la maison. Une odeur de sang flotte dans l’air et on entend les bêlements des animaux encore vivants. J’assiste à l’égorgement de deux moutons et aux dépeçage de quelques uns avant de rejoindre Raphaëlle est les enfants dans le salon. Nous passons une grande majorité de la fête à discuter avec les frères de Monsieur Camara, notre « papa » sénégalais, des coutumes sénégalaises. Puis, nous entamons le premier service de mouton qui est énorme. Nous mangeons tous avec les mains dans une même assiette. Nous voilà rassasiées (surna comme on dirait en wolof) et on nous annonce que ce n’est que le premier plat d’un repas de trois services!

Pour aider à la digestion, ici nous buvons le ataya, qui est un petit thé à la menthe et au sucre, après chaque repas. Nous restons donc assise à discuter avec l’aîné des Camara pendant qu’il prépare le ataya. Nous restons ainsi plus d’une heure et demi avant d’enfin pouvoir boire le thé. Il faut être extrêmement patient ici parce que tout se fait très lentement. Nous finissons la soirée en mangeant encore et encore, jusqu’à ce que Monsieur Camara nous ramène à la maison. Avant d’aller dormir, nous mangeons de la salade de fruits et du gâteau, histoire d’être sur le point d’exploser tellement on a mangé. Nous nous couchons par la suite, la tête remplie de couleurs et de souvenirs.

 

Bérénice L’Hérault-Petitclerc & Raphaëlle Poulin